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Interview
avec Gérard de Cortanze: "apprendre des choses au
lecteur en lui faisant plaisir."

Gérard de
Cortanze livre avec Cyclone la fresque autobiographique de sa famille.
Rencontre avec un aristocrate engagé.
Fnac.net : Des critiques vous ont comparé à Tolstoï
et à Dumas, lequel de ces écrivains a votre préférence
?
Gérard de Cortanze : Aucun des deux, mais ce n'est pas un jugement
de valeur. Comme l'a dit un autre critique, mon livre est un OVNI. J'écris
des romans qui ne sont pas à la mode, ils sont construits, comme
de grandes cathédrales, avec beaucoup de personnages. Pour moi,
la littérature, ce n'est pas soixante pages sur une histoire de
cul. Mais je suis tolérant ; il y a des lecteurs pour tous types
d'écriture.
Comment procédez-vous pour vos recherches historiques ?
Avant tout, je pense toujours au lecteur, à son plaisir. Ensuite,
je me sers de deux types d'archives : celles de la famille, avec des mémoires,
des lettres, des livres, des tableaux ; puis les récits personnels,
ceux de mon père, de mon grand-père, souvent plein d'oublis
et de mensonges. Je rassemble, j'ajoute ma conception, en suivant toujours
un canevas, parce que j'ai toujours une idée précise de
ce que je veux dire.
Vous avez reçu deux prix littéraires pour le premier
tome de votre livre, celui de la ville de Blois et de la ville de Nice,
par qui est décerné le second ?
Pour Nice, je me suis posé la question de l'accepter ou pas,
le maire est un ancien du FN. Mais les gens du jury sont de bons écrivains,
progressistes et la municipalité ne vote pas. Et lors de la remise
du prix, j'ai dit ce que j'avais à dire, sur le racisme des Niçois
à l'arrivée des Italiens. C'est une revanche pour moi, mon
grand-père a été jeté de la ville à
coups de bâton, vers 1908 ou 1909.
Vous êtes
sélectionné pour le Goncourt des lycéens, croyez-vous
que cette génération a le sens de l'engagement ?
Les engagements ne sont pas les mêmes. On fait grand cas des engagements
pendant les guerres, mais il en est de plus quotidiens, pour les droits
de l'homme ou la dignité humaine ou par des actes comme le vote.
La démocratie n'est pas acquise, les citoyens et les hommes politiques
doivent reprendre le pouvoir sur l'économie. C'est pour ça
que j'écris, avec une perspective historique, pour apprendre des
choses au lecteur en lui faisant plaisir.
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Interview fnac.net
Interview
de Gérard de Cortanze (prix Renaudot 2002) réalisée
à Pau par Carole Garcia pour son émission radio littéraire
À la page en décembre 2002.
Gérard
de Cortanze, qui êtes vous ?
C’est une vaste question. Je suis né dans le XVIIIe arrondissement,
il y a très longtemps, plus d’un demi siècle, banlieue
parisienne, à Saint-Ouen, entre le Red Star, la rue des Rosiers
et le marché aux Puces. En toile de fond, les matches de football,
la musique de Django Reinhardt, les brocanteurs qui retapaient des meubles.
Tout cela, c’est mon espace d’enfance. Je viens d’une
famille très compliquée, composite, un vrai puzzle, qui
est le sujet de mes livres. Une famille issue de la vieille noblesse Piémontaise
du côté de mon père, qui remonte jusqu’au VI°
siècle, et arrivée en France à la fin du XIXe siècle.
Du côté de ma mère, ce sont des bandits de grands
chemins, parce que je descends en ligne directe de « Fra Diavolo
» dit Michel Pezza ! (1771-1806)… Un grand oncle qui gagne
les 24 heures du Mans en 1938, une marraine richissime que je ne voyais
pratiquement jamais. Une étrangère qui pelait les poires
avec un couteau et une fourchette, ne s’arrêtait à
Monte-Carlo qu’à l’hôtel Hermitage, vivait dans
des meubles estampillés Dautriche ou Pigeon. Elle collectionnait
des Watteau et des Fragonard. Chaque année, elle venait dans la
petite maison de Saint-Ouen, pour les cadeaux de Noël avec son chauffeur.
Elle offrait systématiquement des foulards aux filles et des livres
aux garçons. Ma grand-mère paternelle, couturière
était anglaise. Donc beaucoup de secrets dans cette famille. Mais
surtout le secret fondamental à savoir que l’on me cache
que je descends d’une des plus vieilles familles de noblesse italienne.
Mon arrière-arrière grand-père était Vice-Roi
de Sardaigne, et on tombe dans une famille de ministres plénipotentiaires,
une sainte, des écrivains, des hommes d’état, des
militaires…
Et tout cela on vous l’avait caché ?
Complètement. Et, ce secret m’a fait écrire tout cela.
Je n’arrive pas à comprendre comment combler la distance
qu’il y avait entre, d’un côté une famille pauvre,
une enfance dans une banlieue parisienne, on vivait dans une petite maison
avec deux pièces, sans eau courante, et l’Italie toujours
présente dans cette famille. Nous ne parlions pas italien. À
croire, qu’on avait rayé l’Italie de la carte. Ce qui
m’a fait écrire, c’est ce désir de savoir d’où
je venais, ce désir de reconstruction. Ce n’est pas une nostalgie
de l’ancien régime ou de la monarchie, de la noblesse. Mais
essayer de comprendre. Pour un écrivain, c’est un matériau
extraordinaire. Cette famille composite j’en ai pour cinquante ans
d’écriture !
Mais vous aviez écrit autre chose, avant de partir à
la découverte du secret ?
J’ai écrit environ une quarantaine de livres, des recueils
de poésie, des essais sur des œuvres d’écrivains,
des amis qui m’ont influencé comme Paul Auster, Jorge Semprun,
Philippe Sollers, JMG Le Clézio. J’ai écrit beaucoup
sur l’art aussi proche la peinture, une vingtaine de peintres français
contemporains. C’est une œuvre soit, un peu disparate mais
cohérente. Avec le regard que porte Le Clézio sur les Indiens,
il est intéressant par ce qu’il nous dit : « Écoutons
les autres, les cultures qui ne sont pas les nôtres, parce que ces
cultures-là, ont des choses à nous dire ».
Nous ne les écoutons pas assez !
Une biographie qui tient tout juste sur une page et voici une
belle récompense dites-moi. Alors ce Prix Renaudot ?
Ce n’est pas une chose que j’avais programmée dans
mon travail d’écrivain. Je n’ai jamais été
une bête à concours. Il faut également de la chance
mais une fois que vous l’avez, vous êtes quand même
ravi, ravi d’avoir été choisi, choisi par vos pères,
c’est une sorte de reconnaissance. De plus, vous acquérez
des lecteurs supplémentaires, ce qui est important. Je suis très
heureux d’avoir eu ce prix et je ne vais pas dire le contraire.
Ceci étant, cela ne va pas changer fondamentalement mon rapport
avec l’écriture. Cela ne rend pas l’écriture
plus facile. C’est toujours aussi compliqué d’écrire
un livre, de plus en plus d’ailleurs. J’ai souvent parlé
de cela avec Paul Auster, et nous avions conclu tous les deux la même
chose. Nous avons le même âge. Donc, plus on avance en âge
et plus la littérature est difficile. C’est à dire,
on ouvre des portes, mais d’autres se ferment. On pose trois questions,
on y répond, et il y en vingt autres qui sont posées par
ce que vous venez de répondre à ces trois là. C’est
sans fin mais c’est l’intérêt de l’écriture
sinon on peu tout arrêter, tout de suite. Un prix dans cette trajectoire
là, c’est agréable, mais cela ne change rien, en fait.
Écrire devient de plus en plus dur, dites vous ?
Oui, bien sur. Vous avez de plus en plus de lecteurs donc, vous avez d’énormes
responsabilités vis-à-vis d’eux. Vous ne pouvez pas
ne pas penser à eux. Je suis traduit en quinze langues. Quand vous
allez, par exemple, en Bulgarie et que, lors d’un débat,
une jeune bulgare de 18 ans, vous dit « j’ai lu votre livre
et il a transformé ma vie », et que cela se reproduit en
Grèce, en Allemagne ou ailleurs, des lecteurs du monde entier sont
intéressés par ce que vous faites. C’est une sacrée
responsabilité, non ? Je trouve cela fascinant et très émouvant.
Assam vient d’être couronné. Je suppose que
vous ne vous arrêtez pas là. Vous êtes sur un autre
ouvrage ?
Je suis toujours sur trois, quatre livres en même temps. Contrairement
à beaucoup d’écrivains d’aujourd’hui,
je suis hélas un écrivain qui écrit. J’écris
beaucoup, j’ai besoin en plus de démesure, tout le temps.
Je ne vois pas comment vivre autrement, donc j’écris. Je
viens des années 70, je pratique une littérature assez facile,
j’ai beaucoup travaillé avec Philippe Sollers. C’est
une époque que je ne renie pas. On disait que le romancier, le
poète doit avoir un regard critique sur ce qu’il fait. La
meilleure façon, c’est encore de lire les autres. C’est
très enrichissant. Avec la littérature étrangère,
nous essayons de faire partager aux autres notre enthousiasme. J’espère
que j’aurais jusqu’à ma mort de quoi dire, je fais
découvrir un livre, un écrivain, c’est une merveille.
Lisez-le. Je ne fais jamais de papier négatif.
Alors, quels sont ces auteurs qu’il faut découvrir,
lire ou peut-être relire ?
Il y en a plusieurs. Là, je pense à l’écrivain
cubain, Guillermo Rosales, Mon Ange chez Actes Sud, à Javier Cercas
Les Soldats de Salamine chez Actes Sud également, un magnifique
ouvrage sur la guerre d’Espagne. J’ai récemment relu
Alexandre Dumas. Une merveille. Il faut relire cette littérature
là, Dumas écrivait facilement et merveilleusement bien,
c’est un réel plaisir.
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Interview A la page 2002
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